Burkina Faso : la Coalition de veille sur les activités biotechnologiques dit non au lâcher de moustiques mâles de Target Malaria

Suite à la deuxième phase de lâcher de moustique mâles du projet Target malaria le 11 août dernier dans le village de Souroukoudingan, province du Houet, région des Guiriko, les membres de la Coalition de veille des activités biotechnologiques (CVAB) ont animé une conférence de presse afin de dénoncer ce lâcher de moustiques malgré leurs interpellations. C’était dans la matinée du jeudi 21 août 2025, à Ouagadougou.

De Cédric BOLOUVI

Les membres de la Coalition de veille des activités biotechnologiques (CVAB) veulent apporter des éclaircissements sur leurs actions entamées contre le deuxième lâcher de moustiques mâles génétiquement modifiés dans le village de Souroukoudingan, dans la région  des Guiriko.

C’est dans cette optique, qu’ils ont organisé un point de presse dans la matinée du jeudi 21 août 2025, à Ouagadougou.

Selon  Ali Tapsoba, membre de la coalition, cette conférence de presse fait suite à l’annonce du  lâcher de moustiques le 11 août 2025 par l’Institut de recherche en sciences de la santé (IRSS). Il a précisé que ce lâcher a été autorisé par l’agence nationale de biosécurité (ANB), par décision en date du 24 juillet 2025, sur la base d’un rapport d’évaluation du comité scientifique national de biosécurité (CSNB) et d’une consultation « large et inclusive » des populations de Souroukoudingan et des villages environnants.

Des hommes et femmes de médias ont pris part à ce point de presse.

De ses dires, la CVAB avait souhaité la suspension de l’autorisation du lâcher et l’élargissement du dialogue social afin que tous les arguments soient considérés dans la controverse sur le projet Traget malaria dans un communiqué que la coalition a publié le 11 août 2025.

« Malheureusement, au-même moment, 75 000 moustiques mâles auto-limitatifs génétiquement étaient relâchés dans la nature. Notre désarroi a été immense. Nous observons que le processus décisionnel du lâcher ne nous offrait pas de possibilité d’exercer un recours à temps utile. Ce constat n’est pas de nature à apaiser nos doutes sur la transparence dans la conduite des activités du projet », a expliqué M. Tapsoba.

En outre, il a relevé que la pandémie du paludisme est un drame qui endeuille des familles chaque année et qu’il faille trouver des solutions. Cependant, il a ajouté que le problème selon la coalition, c’est la solution que propose le projet Target malaria qui consiste en l’élimination du vecteur par des moustiques à impulsion génétique mis au point par la technologie du forçage génétique.

« Nous précisons que les œufs des moustiques génétiquement modifiés, qui génétiquement forcés sont importés de l’Impérial college of London et d’Italie. Cette technologie est très controversée et pose des problèmes éthiques. Au lieu d’envisager des solutions aux risques imprévisibles, nous disons qu’il faut plutôt privilégier les alternatives sûres », a poursuivi Ali Tapsoba.

Privilégier des solutions endogènes  contre le paludisme

En ce qui concerne les alternatives pour vaincre le paludisme, Lucien Sylga, un autre membre de la CVAB a affirmé qu’il en  existent. Il a souligné qu’éradiquer le paludisme est le souhait de tous les Burkinabè et qu’il peut devenir une réalité par des méthodes plus sûres, expérimentés déjà dans certains pays comme l’Algérie, certifié pays exempt de paludisme en 2019.

« Ces réalisations ont été possible  avec l’utilisation des moustiquaires imprégnées d’insecticide, la pulvérisation intra domiciliaire d’insecticide à effet rémanent (PID) mais aussi via la surveillance des cas, la mise en place d’un réseau de laboratoires de diagnostic ainsi que l’amélioration socio-économique et la mise en œuvre de projets de réduction de la pauvreté » a laissé entendre M. Sylga.

Selon ses explications, ces solutions sont possibles au Burkina Faso, par des alternatives telles que l’assainissement du cadre de vie pour refouler les moustiques dans leur habitat naturel, l’utilisation de l’Artemisia sans oublier l’introduction et la poursuite des recherches sur le vaccin R21/Matrix-M développé par nos chercheurs à Nanoro.

Ali Tapsoba, membre de la coalition a appelé les experts du domaine à sortir de leur silence pour se prononcer sur l’impact des moustiques génétiquement forcés sur les populations
Lucien Sylga, un autre membre, soutient que la lutte contre le paludisme passe par des alternatives telles que l’assainissement du cadre de vie pour refouler les moustiques dans leur habitat naturel, l’utilisation de l’Artemisia sans oublier l’introduction et la poursuite des recherches sur le vaccin R21/Matrix-M développé par nos chercheurs à Nanoro.

Par ailleurs, M. Sylga a affirmé qu’avec ce deuxième lâcher, Target malaria a bouclé la deuxième phase de son projet et pourrait ouvrir la 3e phase que la CVAB redoute le plus. « Aucune partie du monde n’a encore connu de lâcher de moustiques génétiquement forcés dans la nature. Ainsi, le Burkina Faso qui n’est pas encore à la pointe de la technologie sur le forçage génétique ne peut servir de pays cobaye pour un lâcher de moustiques génétiquement forcés dans la nature » a-t-il soutenu.

Interpellés par les journalistes sur d’éventuels impacts négatifs déjà observés auprès des populations, les conférenciers ont affirmé qu’aucun cas concret n’a été signalé. Ils rappellent toutefois que de nombreux scientifiques à travers le monde, ainsi que l’OMS, appellent à la prudence, estimant que cette technologie n’est pas encore mûre pour une application sur le terrain, en raison de l’incertitude et du caractère imprévisible des effets liés au forçage génétique.

3- Plusieurs hommes et femmes de médias ont pris part à ce point de presse.